Sylve la Rousse, le regard égayé de son passage insolent dans le bar, a sauté les trois marches et se reçoit délicatement sur les pavés de la rue sans avatar pour ses talons aiguilles.
Elle sourit de la surprise des passants, mais ne leur accorde aucun regard, elle continue de son pas dansé vers le parc voisin.
Presque chaque jour elle va s’y promener, lire, musarder et parfois dormir.
Elle a « ses » coins, ses cachettes.
Elle passe devant le lac brodé des feuilles déjà rousses, elle en prend une poignée qu’elle froisse et éparpille dans le vent léger qui soulève un peu sa robe d’opale sur ses jambes laiteuses.
Les cygnes majestueux s’approchent un peu pour recevoir une poignée de miettes du croissant pris dans le bar, au nez de Léon.
Elle a une pensée fugace pour le photographe blond qui l’a saluée, d’ailleurs était-il photographe vraiment.
Elle a un petit geste de nonchalance tout en se dirigeant vers « son arbre tordu »
Il a pris la forme d’un siège, et sous ses feuilles d’or l’attend.
Elle le chevauche en lançant ses chaussures dans l’herbe, et sensuellement glisse ses pieds roses dans l’herbe douce, fraîche. Elle fait naître de petits frissons légers le long des jambes.
Elle sourit en se balançant sur le petit arbre, le visage tourné vers le soleil d’automne qui fait flamber sa tignasse bouclée de feux amoureux.
De sa poche elle sort un petit livre blanc, « Le bain de Diane » *, Elle veut le relire, redécouvrir cette prose simple et élégant , en ce lieu où elle aimerait rencontrer un Actéon….. blond, au regard faussement poli et insolent
*de Pierre Klossowski
O.
photo "jifou over-blog.com"
Elle n’était restée que le temps du café: elle avait laissé deux Euros sur le comptoir, et déjà la porte de tous les courants d’air l’avait glissée dans l’humide dehors.
Sylve marchait vite; et ses talons trouaient l’eau des trottoirs; et son petit sac rouge foncé se balançait de son épaule à sa hanche droite, comme si la pluie n’existait pas; comme si le monde était un manège dont elle aurait été la reine.
Et quand elle passa l’entrée du parc, déjà la pluie s’effaçait, et sa chevelure dansante et bouclée prenait des tons plus roux dans la buée à peine soleil alors de cette fin d’été.
L’allée était grise de graviers humides; grise du vide des villes en vacances.
Sylve ôta ses chaussures de deux gestes souples et rapides, les mit au bout des doigts de sa main droite, et sauta dans l’herbe trempée du parc. Elle secoua le feu de ses cheveux, s’enveloppa de son long rire de gorge, et se mit à courir.
Elle savait où elle allait: elle allait vers les grands arbres roux déjà, ses préférés; son refuge de toute petite fille.
Derrière les arbres il y avait sa toute petite clairière à elle, avec son arbre doré et penché, fin comme une liane poussée de la terre.
Sylve était essoufflée. Elle ressemblait à une enfant.
Mais quand l’enfant posa sa main gantée de noir sur le tronc dénudé de l’arbre, qu’elle caressa doucement l’écorce sombre, on eut dit une femme attisant le désir latent d’un amant.
Enfin elle se déhancha, comme elle faisait toujours quand elle voulait s’asseoir, posa sa fesse gauche à l’endroit exact qu’elle connaissait par cœur sur le bois de son arbre, cala la fesse droite à côté, et se pencha, les mains en avant, pour essuyer longuement les bas trempés de ses jambes en remontant des chevilles jusque loin au-dessus du bas, au bord des fesses; au bord de son sexe.
Sa petite robe de la couleur du sac glissé à terre en était toute retournée, mais Sylve ne s’en souciait pas.
En se penchant un peu plus elle tira de son sac un petit livre relié de cuir rouge, cala son dos contre le tronc de son arbre, jambes tendues au semblant de soleil, et rouvrit sa lecture à la page 18 marquée d’un fin lien de cuir rouge.
En lisant Sylve enroulait et déroulait le lien autour de ses doigts; le passait inconsciemment sur ses lèvres, sur le haut de sa cuisse droite, blanche comme une crème vierge à la lisière du bas… cette cuisse que regardait l’homme assis sous les grands arbres roux, à l’ombre de tous les regards, mais à dix mètres à peine de Sylve la Rousse.
UT
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